Du pouvoir de l’ennui

17 Avr

Je suppose que le poète, et tout artiste,est averti par le bonheur, de ce qu’il peut et ne peut pas; car le bonheur, comme dit Aristote, est le signe des puissances. Mais cette règle, à ce que je crois, est bonne pour tous. Il n’y a de redoutable au monde que l’homme qui s’ennuie. Tous ceux qui sont dits méchants sont mécontents en cela; non pas parce qu’ils sont méchants; mais plutôt cet ennui qui les suit partout est le signe qu’il ne développent nullement leur perfection propre, et qu’ils agissent ainsi à la façon des causes aveugles et mécaniques. Au reste, il n’y a sans doute au monde que le fou furieux qui exprime à la fois le plus profond malheur et la pure méchanceté. Toutefois, en ceux que nous appelons méchants, en chacun de nous aussi bien, je remarque quelque chose d’égaré et de mécanique, en même temps que la fureur de l’esclave.(…)Et c’est pourquoi la méthode d’enchaîner, qui est celle du tyran et celle du poltron, m’a toujours paru folle essentiellement, et mère de toute folie. Déliez, délivrez, et n’ayez pas peur. Qui est libre est désarmé.
Alain, Propos sur le bonheur

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