Deleuze

23 Oct

Le but de l’écriture, c’est de porter la vie à l’état d’une puissance non personnelle.

C’est a travers les mots, entre les mots, qu’on voit et qu’on entend.

Il faut deviner le peintre pour comprendre l’image.

Le désir se déploie dans un climat d’angoisse.

Ce que nous cherchons, dans un livre, c’est la manière dont il fait passer quelque chose qui échappe aux codes.

La chose est dès le début devenue indépendante de son « modèle », mais elle l’est aussi des autres personnages éventuels, qui sont eux-mêmes des choses-artistes, personnages de peinture respirant cet air de peinture. (…) Elle est indépendante du créateur, par l’auto-position du créé qui se conserve en soi. Ce qui se conserve, la chose ou l’oeuvre d’art, est un bloc de sensations, c’est-à-dire un composé de percepts et d’affects.(…) L’oeuvre d’art est un être de sensation, et rien d’autre: elle existe en soi.

Combien le problème de la littérature est mal posé, à partir de l’idéologie qu’elle porte ou de la récupération qu’un ordre social en opère. […] C’est cela le style, ou plutôt l’absence de style, l’asyntaxie, l’agrammaticalité : moment où le langage ne se définit plus par ce qu’il dit, encore moins par ce qui le rend signifiant, mais par ce qui le fait couler, fluer et éclater — le désir. Car la littérature est tout à fait comme la schizophrénie : un processus et non pas un but, une production et non pas une expression.

C’est que le désir n’est jamais trompé. L’intérêt peut être trompé, méconnu ou trahi, mais pas le désir. D’où le cri de Reich : non, les masses n’ont pas été trompées, elles ont désiré le fascisme, et c’est ça qu’il faut expliquer… Il arrive qu’on désire contre son intérêt : le capitalisme en profite, mais aussi le socialisme, le parti et la direction du parti.

Les sociétés modernes civilisées se définissent par un procès de décodage et de déterritorialisation. Mais, ce qu’elles déterritorialisent d’un côté, elles le reterritorialisent de l’autre.

Le désir n’a pas pour objet des personnes ou des choses, mais des milieux tout entiers qu’il parcourt, des vibrations et flux de toute nature qu’il épouse, en y introduisant des coupures, des captures, désir toujours nomade dont le caractère est d’abord le « gigantisme » […]. Bref, les milieux sociaux ou biologiques font l’objet d’investissements de l’inconscient qui sont nécessairement désirants ou libidinaux, par opposition aux investissements préconscients de besoin et d’intérêt. […] En vérité, la sexualité est partout : dans la manière dont un bureaucrate caresse ses dossiers, dont un juge rend la justice, dont un homme d’affaires fait couler l’argent, dont la bourgeoisie encule le prolétariat, etc. Et il n’y a point besoin de passer par des métaphores, pas plus que la libido, de passer par des métamorphoses. Hitler faisait bander les fascistes. Les drapeaux, les nations, les armées, les banques font bander beaucoup de gens. Une machine révolutionnaire n’est rien si elle n’acquiert pas au moins autant de puissance de coupure et de flux que ces machines coercitives.

La femme contient autant d’hommes que l’homme, et l’homme de femmes, capables d’entrer les uns avec les autres, les unes avec les autres, dans des rapports de production de désir qui bouleversent l’ordre statistique des deux sexes. Faire l’amour n’est pas faire qu’un, ni même deux, mais faire cent mille.

Nous avons besoin d’une éthique ou d’une foi, ce qui fait rire les idiots ; ce n’est pas un besoin de croire à autre chose, mais un besoin de croire à ce monde-ci, dont les idiots font partie.

..ils sont amateurs d’art parce qu’ils veulent supprimer l’art, ils se prétendent médecins quand ils ne sont qu’empoison-neurs, ils forment leur langue et leur goût pour expliquer par leur raffinement pourquoi ils refusent aussi obstinément toutes les nourritures artistiques qu’on leur propose. Car ils ne veulent pas que la grandeur voie le jour; leur méthode est de dire: « Voyez, la grandeur existe déjà! » En réalité, cette grandeur déjà existante leur importe aussi peu que celle qui en en train de naître: leur vie en témoigne. L’histoire monumentale est le travesti sous lequel se dissi-mule leur haine des grands et des puissants du présent, en se faisant passer pour une admiration satisfaite des grands et des puissants du passé; elle est le manteau sous lequel ils renversent en son contraire le sens de cette conception de l’histoire; qu’ils en aient clairement conscience ou pas, ils agissent comme si leur devise était: laissez les morts enterrer les vivants.

Il s’agit d’inventer des modes d’existence, suivant des règles facultatives, capables de résister au pouvoir comme de se dérober au savoir, même si le savoir tente de les pénétrer et le pouvoir de se les approprier.

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