7 Mar

Lettre du Voyant, 15 mai 1871

« Car Je est un autre. Si le cuivre s’éveille clairon, il n’y a rien de sa faute. Cela m’est évident : j’assiste à l’éclosion de ma pensée : je la regarde, je l’écoute : je lance un coup d’archet : la symphonie fait son remuement dans les profondeurs, ou vient d’un bond sur la scène. Si les vieux imbéciles n’avaient pas trouvé du Moi que la signification fausse, nous n’aurions pas à balayer ces millions de squelettes qui, depuis un temps infini, ! ont accumulé les produits de leur intelligence borgnesse, en s’en clamant les auteurs ! (…) La première étude de l’homme qui veut être poète est sa propre connaissance, entière ; il cherche son âme, il l’inspecte, il la tente, l’apprend. Dès qu’il la sait, il doit la cultiver ; cela semble simple : en tout cerveau s’accomplit un développement naturel ; tant d’égoïstes se proclament auteurs ; il en est bien d’autres qui s’attribuent leur progrès intellectuel ! — Mais il s’agit de faire l’âme monstrueuse : à l’instar des comprachicos, quoi ! Imaginez un homme s’implantant et se cultivant des verrues sur le visage. Je dis qu’il faut être voyant, se faire voyant. Le Poète se fait voyant par un long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens. Toutes les formes d’amour, de souffrance, de folie ; il cherche lui-même, il épuise en lui tous les poisons, pour n’en garder que les quintessences. Ineffable torture où il a besoin de toute la foi, de toute la force surhumaine, où il devient entre tous le grand malade, le grand criminel, le grand maudit, — et le suprême Savant — Car il arrive à l’inconnu ! Puisqu’il a cultivé son âme, déjà riche, plus qu’aucun ! Il arrive à l’inconnu, et quand, affolé, il finirait par perdre l’intelligence de ses visions, il les a vues ! Qu’il crève dans son bondissement par les choses inouïes et innombrables : viendront d’autres horribles travailleurs ; ils commenceront par les horizons où l’autre s’est affaissé ! »

à Paul Demeny 


Henry Miller

1 Mar

August 14, 1932 


Don’t expect me to be sane anymore. Don’t let’s be sensible. It was a marriage at Louveciennes—you can’t dispute it. I came away with pieces of you sticking to me; I am walking about, swimming, in an ocean of blood, your Andalusian blood, distilled and poisonous. Everything I do and say and think relates back to the marriage. I saw you as the mistress of your home, a Moor with a heavy face, a negress with a white body, eyes all over your skin, woman, woman, woman. I can’t see how I can go on living away from you—these intermissions are death. How did it seem to you when Hugo came back? Was I still there? I can’t picture you moving about with him as you did with me. Legs closed. Frailty. Sweet, treacherous acquiescence. Bird docility. You became a woman with me. I was almost terrified by it. You are not just thirty years old—you are a thousand years old.

Here I am back and still smouldering with passion, like wine smoking. Not a passion any longer for flesh, but a complete hunger for you, a devouring hunger. I read the paper about suicides and murders and I understand it all thoroughly. I feel murderous, suicidal. I feel somehow that it is a disgrace to do nothing, to just bide one’s time, to take it philosophically, to be sensible. Where has gone the time when men fought, killed, died for a glove, a glance, etc? (A victrola is playing that terrible aria from Madama Butterfly— »Some day he’ll come! »)

I still hear you singing in the kitchen—a sort of inharmonic, monotonous Cuban wail. I know you’re happy in the kitchen and the meal you’re cooking is the best meal we ever ate together. I know you would scald yourself and not complain. I feel the greatest peace and joy sitting in the dining room listening to you rustling about, your dress like the goddess Indra studded with a thousand eyes.

Anais, I only thought I loved you before; it was nothing like this certainty that’s in me now. Was all this so wonderful only because it was brief and stolen? Were we acting for each other, to each other? Was I less I, or more I, and you less or more you? Is it madness to believe that this could go on? When and where would the drab moments begin? I study you so much to discover the possible flaws, the weak points, the danger zones. I don’t find them—not any. That means I am in love, blind, blind. To be blind forever! (Now they’re singing « Heaven and Ocean » from La Gioconda.)

I picture you playing the records over and over—Hugo’s records. « Parlez moi d amour. » The double life, double taste, double joy and misery. How you must be furrowed and ploughed by it. I know all that, but I can’t do anything to prevent it. I wish indeed it were me who had to endure it. I know now your eyes are wide open. Certain things you will never believe anymore, certain gestures you will never repeat, certain sorrows, misgivings, you will never again experience. A kind of white criminal fervor in your tenderness and cruelty. Neither remorse nor vengeance, neither sorrow nor guilt. A living it out, with nothing to save you from the abysm but a high hope, a faith, a joy that you tasted, that you can repeat when you will. 

All morning I was at my notes, ferreting through my life records, wondering where to begin, how to make a start, seeing not just another book before me but a life of books. But I don’t begin. The walls are completely bare—I had taken everything down before going to meet you. It is as though I had made ready to leave for good. The spots on the walls stand out—where our heads rested. While it thunders and lightnings I lie on the bed and go through wild dreams. We’re in Seville and then in Fez and then in Capri and then in Havana. We’re journeying constantly, but there is always a machine and books, and your body is always close to me and the look in your eyes never changes. People are saying we will be miserable, we will regret, but we are happy, we are laughing always, we are singing. We are talking Spanish and French and Arabic and Turkish. We are admitted everywhere and they strew our path with flowers. 

I say this is a wild dream—but it is this dream I want to realize. Life and literature combined, love the dynamo, you with your chameleon’s soul giving me a thousand loves, being anchored always in no matter what storm, home wherever we are. In the mornings, continuing where we left off. Resurrection after resurrection. You asserting yourself, getting the rich varied life you desire; and the more you assert yourself the more you want me, need me. Your voice getting hoarser, deeper, your eyes blacker, your blood thicker, your body fuller. A voluptuous servility and tyrannical necessity. More cruel now than before—consciously, wilfully cruel. The insatiable delight of experience.



10 Fév

« Dans l’œuvre d’art, l’être se risque, car tandis que dans le monde où les êtres le repoussent pour être il est toujours dissimulé, nié et renié (en ce sens, aussi, protégé), là, en revanche, où règne la dissimulation, ce qui se dissimule tend à émerger dans le fond de l’apparence, ce qui est nié devient le trop-plein de l’affirmation, — mais apparence qui, cependant, ne révèle rien, affirmation où rien ne s’affirme, qui est seulement la position instable à partir de quoi, si l’œuvre réussit à la contenir, le vrai pourra avoir lieu. »

« Le propre de la lecture, sa singularité éclaire le sens singulier du verbe « faire » dans l’expression : « elle fait que l’œuvre devient œuvre ». Le mot faire n’indique pas ici une activité productrice : la lecture ne fait rien, n’ajoute rien ; elle laisse être ce qui est ; elle est liberté, non pas liberté qui donne l’être ou le saisit, mais liberté qui accueille, consent, dit oui, ne peut que dire oui et, dans l’espace ouvert par ce oui, laisse s’affirmer la décision bouleversante de l’œuvre, l’affirmation qu’elle est –et rien de plus. »

WSB [Paris] to AG [New York]

5 Fév
Jan 10, 1961
9 rue Git Le Coeur
Paris 6, France

Dear Allen,

Thanks for the mescaline. I shot it to short circuit the nausea with excellent results. Thanks also for the fifty dollar offer which I don’t need at the moment. Working round clock on next novel. May move South soon. I enclose short piece from novel in progress title The Soft Machine. It is suitable for Swank. If so you might send it along to them or wherever. Great about Hunke. A ver. Must close now as have a million and one things to do. Love to all.



Sublime M.D.

3 Fév

Tous ces gens qui me parlent de ce qu’on doit écrire ou pas, quel ennui, quelle erreur. Comme si on en était encore au Père Sartre qui faisait la loi.

« Comme si les crimes étaient répréhensibles, comme si d’en parler faisait du tort aux accusés, c’est le contraire. Comme si inventer les raisons c’était ça la délation, comme s’il n’y avait que les intellectuels de responsables, alors que tout le monde l’est, même le prolétariat, même les faux écrivains, même les analphabètes (…) Vous êtes pour le silence. Et moi j’ai parlé (…) Beaucoup auraient souhaité que je fasse du tort à C.V., que je sois condamnée pour cela et qu’ils soient débarrassés de la gêne endémique que je représente dans leur vie (…) Ce que l’on me reproche, au fond, c’est que Libé m’a demandé ce papier et que ce soit moi qui l’ai écrit. Voici donc je suis déshonorée à leurs yeux, définitivement déshonorée. Cela arrive, vous voyez. Je suis assez honorée d’être déshonorée. »

Là où l’homme lit de la philosophie, je lis l’histoire de l’homme qui fait de la philosophie et celle de l’homme qui lit la philosophie. Cela parce que je lis tout. (…) Le crime de Lépanges est inaccessible, tellement inaccessible que je crois que personne n’est en l’auteur. 

Le vrai problème étant encore une fois celui des femmes, la recherche du sens par les femmes de la vie qu’elles mènent et qu’elles n’ont pas désirée. 

« Le problème de ce crime est un problème de femmes. Le problème des enfants est un problème de femmes. Le problème de l’homme est un problème de femmes. L’homme l’ignore. Tant que l’homme s’illusionnera sur la libre disposition de sa force musculaire, matérielle, la profondeur de l’intelligence ne sera pas masculine. Seule la femme sera avertie de l’erreur de l’homme sur lui-même. Il y a bien pire que les gifles pour un steak mal cuit, il y a la vie quotidienne. »

Je voulais dire ceci : je n’ai fait aucun tort à Christine V. (…) Si j’avais cru possible de faire du tort à Chritine V., je n’aurais pas fait cet article. Peut-être est-ce une aberration de ma part, ce n’est pas sûr du tout, mais peut-être, auquel cas je serais inexcusable. 


31 Jan

New York
November 10, 1958

Dear Thom:

We had your letter this morning. I will answer it from my point of view and of course Elaine will from hers.

First — if you are in love — that’s a good thing — that’s about the best thing that can happen to anyone. Don’t let anyone make it small or light to you.

Second — There are several kinds of love. One is a selfish, mean, grasping, egotistical thing which uses love for self-importance. This is the ugly and crippling kind. The other is an outpouring of everything good in you — of kindness and consideration and respect — not only the social respect of manners but the greater respect which is recognition of another person as unique and valuable. The first kind can make you sick and small and weak but the second can release in you strength, and courage and goodness and even wisdom you didn’t know you had.

You say this is not puppy love. If you feel so deeply — of course it isn’t puppy love.

But I don’t think you were asking me what you feel. You know better than anyone. What you wanted me to help you with is what to do about it — and that I can tell you.

Glory in it for one thing and be very glad and grateful for it.

The object of love is the best and most beautiful. Try to live up to it.

If you love someone — there is no possible harm in saying so — only you must remember that some people are very shy and sometimes the saying must take that shyness into consideration.

Girls have a way of knowing or feeling what you feel, but they usually like to hear it also.

It sometimes happens that what you feel is not returned for one reason or another — but that does not make your feeling less valuable and good.

Lastly, I know your feeling because I have it and I’m glad you have it.

We will be glad to meet Susan. She will be very welcome. But Elaine will make all such arrangements because that is her province and she will be very glad to. She knows about love too and maybe she can give you more help than I can.

And don’t worry about losing. If it is right, it happens — The main thing is not to hurry. Nothing good gets away.



Peter Gay

29 Jan

There are some very good stuff about Freud inside and how his theory was determined by his social jewish middle class situation and then his remarques about how they are different from the common people (la classe ouvrière without any education). One of the best quotations is something like, why don’t we bourgeois get drunk? because the discredit and the discomfort of a hangover gives us more pain than drinking gives us pleasure. Why don’t we fall in love with someone new every month? because breakup tears away a piece of our heart.